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2001 - Journal de France Cultur: La torture pratiquée par l’armée française pendant la guerre d’Algérie

2001 - Journal de France Cultur: La torture pratiquée par l’armée française pendant la guerre d’Algérie

Journal de France Culture – mai/juin 2001. Radio France Culture. Contexte : Invité pour parler de la torture pratiquée par l’armée française pendant la guerre d’Algérie, le jour de la publication du livre du général Paul Aussares.

Durée du sujet : 7 minutes (Début du sujet à 3 min, fin du sujet à 10 min) 

 

 

Intervention de l'historien Jean-Luc Einaudi, auteur de La Bataille de Paris et de La ferme d'Améziane, suite à la publication du livre-témoignage du général Paul Aussaresses. Les propos d'Einaudi apportent un éclairage historique et juridique sur les pratiques de l'armée française et les responsabilités politiques durant le conflit algérien.

1. La Nature des Aveux du Général Aussaresses

Jean-Luc Einaudi souligne que si l'usage de la torture n'est pas une révélation en soi, l'ouvrage du général Aussaresses franchit une étape inédite par la revendication explicite d'actes criminels.

  • Exécutions de masse : Einaudi note que le général revendique désormais des « exécutions en masse ». Il rappelle que durant la bataille d'Alger, plus de 3 000 Algériens suspects ont disparu, un chiffre initialement comptabilisé par Paulette Thévenin.
  • L'assassinat de Larbi Ben M'hidi : L'élément le plus marquant est l'aveu du meurtre de Larbi Ben M'hidi par Aussaresses lui-même. Einaudi qualifie Ben M'hidi d'« équivalent de Jean Moulin » pour la résistance algérienne. Jusqu'à cette confession, la version officielle de l'État français maintenait la thèse du suicide.

2. Le Débat sur la Légalité et l'Éthique

L'historien s'oppose fermement à la ligne de défense du général Aussaresses, qui justifie ses actes par le « devoir » et l'utilité des circonstances.

Point de vue d'Aussaresses

Analyse de Jean-Luc Einaudi

Actions conformes à la déontologie militaire en temps de guerre.

La torture était « hors la loi » en 1956-1957.

Responsabilité personnelle assumée car jugée « utile ».

Pratique institutionnalisée de façon clandestine.

Sentiment d'avoir accompli son devoir.

Revendication jugée « abjecte » et pénalement condamnable.

Einaudi insiste sur le fait que la torture a toujours été un crime, hier comme aujourd'hui. Il juge particulièrement grave la tentative de « légitimation » de ces crimes en 2001.

3. La Responsabilité de l'Appareil Politique

Selon Jean-Luc Einaudi, les militaires n'ont pas agi de manière isolée. Il pointe une responsabilité « totale » du pouvoir politique de l'époque.

  • Le rôle de François Mitterrand : Alors garde des Sceaux (ministre de la Justice), François Mitterrand est désigné comme ayant été parfaitement informé. Einaudi précise que les directives gouvernementales, qui incluaient les « pouvoirs spéciaux » déléguant les missions de police à l'armée (notamment aux parachutistes du général Massu), portaient sa signature.
  • Initiatives judiciaires : Il est rappelé que Mitterrand, en tant que ministre de la Justice, a pris l'initiative des premières exécutions de combattants algériens condamnés à mort en juin 1956.
  • Autres responsables cités : La responsabilité est partagée par les hautes instances de l'État de l'époque, notamment :
    • Robert Lacoste (Ministre résidant en Algérie)
    • Max Lejeune
    • Maurice Bourgès-Maunoury
    • Guy Mollet

4. Recommandations et Exigences pour l'Avenir

Face à ces aveux, Jean-Luc Einaudi préconise plusieurs mesures pour rompre avec ce qu'il qualifie de « mensonge d'État ».

Poursuites Judiciaires

Einaudi estime que la revendication de pratiques criminelles en 2001 par un ancien général tombe sous le coup de la loi et doit faire l'objet de poursuites pénales immédiates.

Positionnement des Autorités Actuelles

L'historien considère comme « incontournable » que les plus hautes autorités de l'État (le Président de la République et le Premier ministre) :

  1. Se prononcent officiellement sur ces révélations.
  2. Condamnent de façon claire ces crimes commis au nom de l'État français.

Recherche de la Vérité

Il soutient l'idée de la création d'une commission d'enquête parlementaire. Pour Einaudi, tout dispositif permettant l'établissement de la vérité sur ces « crimes d'État » doit être mis en œuvre afin de mettre fin à une opacité qui dure depuis plusieurs décennies.

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