Archives de Jean-Luc Einaudi
2002 - Émission Train de nuit – Interview de J.-L. Einaudi sur le 17 octobre 1961 / La recherche de vérité / Les procès Papon
2002 - Émission Train de nuit – Interview de J.-L. Einaudi sur le 17 octobre 1961 / La recherche de vérité / Les procès Papon
Émission Train de nuit – 2002. Contenu : Interview de J.-L. Einaudi sur le 17 octobre 1961 / La recherche de vérité / Les procès Papon
Contexte : Suite à la réédition de son livre chez Fayard Octobre 1961, un massacre à Paris
Le Massacre du 17 Octobre 1961 : Analyse des Travaux et Témoignages de Jean-Luc Einaudi
Les points clés de l'entretien avec Jean-Luc Einaudi, auteur de l'ouvrage Octobre 1961 : Massacre à Paris (éditions Fayard): il explore la réalité historique de la répression des manifestants algériens à Paris, le rôle des institutions de l'époque et la longue bataille pour la reconnaissance de la vérité.
1. Contexte Historique et Origines de la Recherche
Jean-Luc Einaudi, né en 1951, explique que sa démarche n'est pas d'ordre personnel ou familial, mais citoyenne. Adolescent dans les années 60 et 70, il a constaté le poids de la guerre d'Algérie sur la société française, contrastant avec un silence officiel persistant.
La genèse de l'enquête
• Volonté de vérité : Un refus précoce, dès l'adolescence, d'accepter les occultations sur des faits fondamentaux.
• Parcours de chercheur : Un travail de "sillon" commencé il y a plus de dix ans, menant à la publication de La Bataille de Paris (1991) puis de Massacre à Paris (2001).
• Souvenirs d'enfance : L'ambiance de 1961 marquée par les alertes à la bombe, le putsch des généraux, et les récits de camarades algériens arrivant avec des photos de combattants dans le maquis.
2. Les Événements d'Octobre 1961
Le 17 octobre 1961, environ 20 000 à 30 000 Algériens manifestent pacifiquement à Paris contre le couvre-feu discriminatoire instauré le 5 octobre. Cette manifestation a donné lieu à une répression d'une violence extrême.
La nature de la répression
L'entretien souligne que ce n'était pas une opération de maintien de l'ordre, mais une "chasse à l'homme" généralisée.
• Méthodes : Noyades (corps jetés dans la Seine), étranglements, coups au crâne, et assassinats dans des bois (comme à Meudon).
• Lieux d'internement : Le Palais des Sports, le Parc des Expositions, le stade Coubertin et le centre d'identification de Vincennes.
• Pratiques : Usage de la torture lors des interrogatoires et dévalorisation de la vie humaine (considération des victimes comme des "indigènes").
Bilan humain et disparités des chiffres
|
Source
|
Bilan des morts
|
Constats
|
|---|---|---|
|
Version officielle (1961)
|
2 morts
|
Justifié par une prétendue légitime défense des policiers.
|
|
Recherches de J.-L. Einaudi
|
200 à 325+ morts
|
Chiffre basé sur les registres des cimetières et de l'institut médico-légal.
|
|
Liste identifiée (2001)
|
Environ 400 noms
|
Inclut les morts de septembre et octobre 1961.
|
3. Responsabilités Institutionnelles et Continuité Historique
L'analyse de Jean-Luc Einaudi met en lumière une continuité troublante entre l'Occupation et la guerre d'Algérie, incarnée par certaines figures de l'État.
Le rôle de Maurice Papon
Préfet de police en 1961, il est la figure centrale de cette période.
• Continuité : Papon avait supervisé les rafles de Juifs à Bordeaux (1942-1944). En 1958, il organise déjà des rafles de Nord-Africains envoyés au Vel' d'Hiv'.
• Méthodes : Il a importé à Paris les méthodes de répression qu'il supervisait auparavant dans l'Est algérien.
Le gouvernement et la police
• Michel Debré (Premier ministre) : Partisan de l'Algérie française, il soutient Papon et s'oppose à Edmond Michelet (Ministre de la Justice), ce dernier étant hostile à la torture et favorable à la négociation.
• Désir de vengeance : Entre août et octobre 1961, 11 policiers sont tués à Paris. Ce climat a engendré une volonté de représailles contre l'ensemble de la population algérienne.
• Le racisme institutionnalisé : Le couvre-feu du 5 octobre 1961 est décrit comme l'officialisation d'un racisme d'État, transformant "l'étranger en ennemi".
4. La Bataille pour l'Accès aux Archives
La vérité sur le 17 octobre a été systématiquement dissimulée par une entreprise de désinformation et de censure (saisie de journaux, photos interdites, contrôle de la télévision d'État).
• Le tournant judiciaire : Le témoignage d'Einaudi au procès Papon à Bordeaux (1997) et le procès en diffamation intenté (et perdu) par Papon contre lui en 1999 ont forcé l'ouverture de certaines archives.
• Obstacles persistants :
◦ Disparition ou destruction des archives du cabinet de Roger Frey (Ministre de l'Intérieur).
◦ Opposition de certains préfets de police (comme M. Massoni) à la consultation des documents.
◦ Recours hiérarchiques nécessaires pour accéder aux registres de la préfecture.
5. Mémoire et Reconnaissance des Victimes
L'œuvre de Jean-Luc Einaudi vise à réhabiliter la mémoire des victimes, souvent enterrées de manière anonyme dans des fosses communes (comme au cimetière de Thiais).
• Témoignages de rescapés : Récits d'hommes ayant survécu à des tentatives de pendaison ou d'étranglement.
• Impact humain : Le besoin profond de justice morale exprimé par les familles de victimes et les enfants de disparus qui découvrent la vérité des décennies plus tard.
• Échec de la justice de l'époque : Le document dénonce une institution judiciaire qui a couvert les mensonges de l'État et prononcé des non-lieux systématiques malgré les preuves de massacres.
6. Citations et Références Clés
Le document s'appuie sur des textes symboliques pour illustrer l'horreur des faits :
« Beaucoup d'entre nous, individus ou peuples, sont à la merci de cette idée consciente ou inconsciente que l'étranger c'est l'ennemi. » — Primo Levi (cité par J.-L. Einaudi)
« On ne saura jamais à quel point ce peuple aura été humilié, battu, rejeté de notre communauté et maintenu dans sa misère. » — Jules Roy (extrait de son journal, 18 octobre 1961)
« Et maintenant vas-tu parler ? Et maintenant vas-tu te taire ? » — Cateb Yassine (cité en fin d'entretien)
