« Les survivances de la Seine » : à Marseille, 65 ans après le 17 octobre 1961, nous réclamons justice
Du samedi 17 au jeudi 22 octobre 2026, le Collectif du 17 octobre 1961 Marseille marque le 65e anniversaire des massacres du 17 octobre 1961 par un cycle de mobilisations : rassemblement, ateliers, rencontres et projection. Son titre, « Les survivances de la Seine », et son mot d’ordre : L’eau n’a pas lavé le sang. 65 ans après, nous réclamons justice. L’association les ami·es de Jean-Luc Einaudi fait partie des organisations qui portent ce programme.
Un crime d’État
Pour le collectif, le 17 octobre 1961 n’est pas la dérive d’un préfet : c’est un crime d’État, décidé, couvert et tu par un gouvernement.
Le couvre-feu imposé le 5 octobre 1961 aux seuls « Français musulmans d’Algérie » prolonge un racisme d’État forgé aux colonies. Le 17, à l’appel de la Fédération de France du FLN, des dizaines de milliers d’Algériennes et d’Algériens marchent dans Paris pour réclamer libération et justice. Des manifestants sont tués, jetés à la Seine ; plus de onze mille sont arrêtés. Le préfet de police Maurice Papon agit sous l’autorité du ministre de l’Intérieur Roger Frey et du Premier ministre Michel Debré : c’est tout un appareil d’État qui frappe, puis organise le silence du fleuve.
Soixante-cinq ans plus tard, à Marseille, un collectif d’enseignant·es, d’acteur·ices associatif·ves, de chercheur·es et de militant·es se réunit à nouveau pour que ce massacre soit reconnu pour ce qu’il est : un crime d’État.
« Nous renaissons des cendres »
Chaque automne revient le même rituel — une gerbe, une phrase, une minute de silence — qui permet au pouvoir d’occuper la scène mémorielle tout en esquivant l’exigence de vérité, de justice et de réparation. Le collectif refuse ce rôle : « Nous sommes les héritières et les héritiers de celles et ceux qu’on a voulu noyer. Nous ne commémorons pas, nous renaissons. » Hériter, c’est faire de cette histoire une force d’émancipation et de libération.
L’initiative s’inscrit dans la mobilisation nationale portée par l’association Au nom de la mémoire.
Trois exigences
- Honorer nos morts — nommer, se souvenir, chérir : rendre aux victimes le nom et la place que l’histoire officielle leur a refusés.
- Mettre les savoirs à l’épreuve — soumettre à la critique les savoirs théoriques, pratiques et stratégiques nés des mobilisations sociales, de l’action socio-éducative, du monde syndical et de la recherche universitaire.
- Porter un plaidoyer — construire ensemble les arguments d’une reconnaissance politique réelle du 17 octobre 1961.
Le programme : cinq rendez-vous
Samedi 17 octobre, 16 h — « Porteurs de parole »
Atelier d’éducation populaire · Vieux-Port, sous l’ombrière
Que sait Marseille du 17 octobre 1961 ? Quelles traces la ville en garde-t-elle, et quel horizon dessine-t-elle autour d’une décolonisation de l’espace et de la pensée ? Micro, papier et oreille tendus, l’atelier recueille les récits et les mémoires des Marseillaises et des Marseillais : l’archive d’un crime colonial ne dort pas seulement dans les fonds de la République, elle circule dans les familles, se dépose dans les quartiers, se loge dans les silences.
Samedi 17 octobre, 17 h 30 — Rassemblement pour les 65 ans : « Nommer le crime »
Vieux-Port, sous l’ombrière
Le 17 octobre 1961 est un tournant politique majeur dans le rapport de forces entre la guerre contre-insurrectionnelle menée par l’État français et la résistance de l’immigration algérienne, dirigée par la Fédération de France du FLN. Longtemps occulté, ce massacre reste un enjeu politique : le rassemblement veut qu’il soit connu et reconnu à Marseille, et exige des pouvoirs publics une reconnaissance pleine et entière.
Mardi 20 octobre, 19 h — « Crimes coloniaux et histoire mutilée »
Rencontre littéraire en présence de la romancière Faïza Guène · Dar Yumi, 4 place du Dr-Igonet, Port-de-Bouc
Qu’est-ce que la violence nous fait, et que faisons-nous de cette violence ? Des corps jetés à la Seine en 1961 aux violences qui visent aujourd’hui les jeunes des quartiers populaires, une même colonialité travaille les regards, les corps et les récits. À partir de textes littéraires et politiques, la rencontre interroge les lieux d’une reconstitution individuelle et collective et les processus de réparation.
Contact : Dar Yumi — daryumi.asso@gmail.com
Mercredi 21 octobre, 19 h — « Les femmes dans la guerre de libération »
Rencontre publique et lectures, avec Zohra Boukenouche, Elias Belhaouas et Elsa Einaudi · Librairie Transit, 51 boulevard de la Libération, Marseille 1er
Du rire de Djamila Bouhired, jeté le 15 juillet 1957 à la face des juges qui la condamnaient à mort, aux pas des Algériennes martelant le pavé de Paris les 17 et 20 octobre 1961 : une même colonne vertébrale, droite, debout, réclamant libération et justice. Que faisons-nous de cet héritage dans les rues d’Alger, de Paris et de Marseille ?
La soirée rend hommage à Elaine Mokhtefi, militante anticoloniale, disparue le 11 septembre 2026.
Contact : Librairie Transit — contact@transit-librairie.org
Jeudi 22 octobre, 20 h 30 — Le Silence du fleuve
Projection-rencontre proposée par ACT, en présence de Mehdi Lallaoui · Cinéma L’Alhambra, 2 rue du Cinéma, Marseille 16e
Le film d’Agnès Denis et Mehdi Lallaoui (1991) s’appuie sur des entretiens avec des témoins et des protagonistes, des documents d’époque et des séquences tournées aujourd’hui pour éclairer la violente répression qui s’est abattue sur les manifestants algériens le 17 octobre 1961 à Paris. Mehdi Lallaoui est l’auteur de plus de cinquante documentaires sur l’histoire des immigrations et les mémoires urbaines et coloniales, dont Les Massacres de Sétif, un certain 8 mai 1945, Du bidonville aux HLM et Sur les traces de Frantz Fanon.
Contact : Centre de ressources sur les migrations ACT — direction@approches.fr
Toute la semaine
Ateliers d’éducation nouvelle dans des lycées de la région, avec ACT – Approches Cultures & Territoires.
Les organisations du collectif
Le cycle est proposé par le Collectif du 17 octobre 1961 Marseille, avec : ACT – Approches Cultures & Territoires ; Association les ami·es de Jean-Luc Einaudi ; Au nom de la mémoire ; Cinéma L’Alhambra ; Cris Écrits ; Dar Yumi ; GFEN Provence ; Guide du Marseille colonial ; La courte échelle / Éditions Transit ; Librairie Transit ; Mémoires en Marche Marseille ; Mtsachiya ; NAQD ; Transborders Marseille.
Contact du collectif : marseille17octobre1961@gmail.com
Illustration : Kamel Khélif, planche extraite de Dans le cœur des autres (Le Tripode, 2024). Textes : Collectif du 17 octobre 1961 Marseille.