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1997 - France Inter Là-bas si j’y suis - Interview de J.-L. Einaudi autour des événements du 17 octobre
1997 - France Inter Là-bas si j’y suis - Interview de J.-L. Einaudi autour des événements du 17 octobre
France Inter – Là-bas si j’y suis. Date : 17 octobre 1997. Journaliste / Présentateur : Daniel Mermet
Contenu : Témoignages de témoins et de victimes du 17 octobre 1961 / Interview de J.-L. Einaudi autour des événements du 17 octobre
Les faits historiques, les mécanismes de la répression policière, le rôle des autorités politiques de l'époque et les récits poignants des survivants et témoins directs.
1. Contexte Historique et Déclenchement de la Manifestation
En octobre 1961, la guerre d'Algérie touche à sa fin, mais la tension en métropole est à son comble. La Fédération de France du FLN (Front de Libération Nationale) est alors une organisation puissante, encadrant environ 400 000 Algériens en France, dont 120 000 en région parisienne.
Le couvre-feu discriminatoire
Le 5 octobre 1961, sur décision du gouvernement (Maurice Papon, préfet de police, et Roger Frey, ministre de l'Intérieur), un couvre-feu est instauré. Bien que formulé comme un "conseil pressant", il interdit de fait aux "Français musulmans d'Algérie" de circuler de 20h30 à 5h30 du matin. Cette mesure, qui viole les principes constitutionnels, paralyse la vie sociale et économique de la communauté algérienne.
L'appel à la manifestation
En réponse à ce couvre-feu et à la répression croissante (arrestations, passages à tabac), le comité fédéral du FLN décide d'organiser des manifestations pacifiques pendant trois jours. L'objectif est de protester contre le couvre-feu et de réaffirmer le soutien au GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne). Le 17 octobre, entre 20 000 et 25 000 Algériens convergent vers les points névralgiques de Paris et de sa banlieue (Pont de Neuilly, Pont Saint-Michel, Grands Boulevards).
2. La Mécanique de la Répression : Un Système de Violence d'État
Le document met en lumière une répression systémique orchestrée par la préfecture de police, sous la direction de Maurice Papon.
La torture institutionnalisée à Paris
Dès 1960, sur décision de Michel Debré, la torture est pratiquée à Paris. La "Force de police auxiliaire", composée de supplétifs algériens (Harkis) encadrés par des officiers français, est créée spécifiquement pour obtenir des renseignements par la violence.
• Lieux de détention et de torture : Des hôtels réquisitionnés (notamment dans les 13e et 18e arrondissements, ainsi qu'à Aubervilliers) et les caves de certains commissariats servent de centres d'interrogatoire.
• Méthodes : Pendaisons dans les bois, étranglements, noyades et assassinats sommaires. Des corps sont régulièrement retrouvés dans la Seine ou les fossés de banlieue avant même le 17 octobre.
Le déchaînement de violence du 17 octobre
La soirée du 17 octobre marque un paroxysme. Les forces de l'ordre (police, CRS, gendarmerie) utilisent une violence extrême contre des manifestants désarmés.
• Massacres sur les ponts : Sur les ponts de Saint-Michel, de Neuilly et d'Argenteuil, des manifestants sont frappés à coups de crosse jusqu'à l'inconscience avant d'être jetés dans la Seine, souvent les mains et les pieds liés.
• Rafles massives : Plus de 11 000 personnes sont appréhendées et conduites vers des centres de rétention comme le Palais des Sports ou le stade Pierre-de-Coubertin, où les violences se poursuivent.
• Climat de haine : Les témoignages décrivent des policiers "ivres de sang", mais aussi une certaine participation civile (comme des machinistes de bus aidant à frapper les manifestants).
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Données clés de l'événement
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Chiffres et détails
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Préfet de police
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Maurice Papon
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Ministre de l'Intérieur
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Roger Frey
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Bilan officiel (1961)
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2 morts
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Bilan estimé par les historiens/chercheurs
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Plus de 200 morts (certains avancent 237)
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Nombre d'arrestations
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Environ 11 000
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Profil des victimes
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Travailleurs algériens, femmes, et parfois enfants
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3. Témoignages Directs et Récits de Survivants
Les extraits sonores fournissent des détails précis sur la brutalité des faits.
• Le survivant du pont d'Argenteuil : Une femme raconte comment elle et son compatriote ont été arrêtés à Nanterre. Elle a vu les policiers assommer son compagnon à coups de crosse avant de le jeter à l'eau. Elle-même a été jetée dans la Seine après avoir reçu un coup de crosse derrière l'oreille. Elle a survécu en se cachant sous des herbes sur la rive, tandis que les policiers lui lançaient des pierres à la lueur de leurs phares.
• Le témoin du pont Saint-Michel : Un homme, âgé de 17 ans à l'époque, décrit un manifestant "en boule" sur le rebord extérieur du pont, massacré à coups de crosse par cinq ou six gardes mobiles. Les policiers ont frappé ses mains jusqu'à ce qu'il lâche prise et tombe "comme une pierre" dans le fleuve.
• L'infirmière de l'hôpital de Nanterre : Elle témoigne avoir vu les Algériens partir "gays et joyeux" manifester, puis revenir "terrorisés et effrayés" après le massacre.
• Mohamed Houchir (militant FLN) : Il décrit le blocage du pont de Neuilly par les Harkis et la police. Il témoigne du sort des manifestants jetés à l'eau et de la désinformation médiatique immédiate qui ne reconnaissait que deux morts.
4. Responsabilités Politiques et Omerta Étatique
L'émission souligne la chaîne de commandement et le silence qui a suivi le massacre.
Les responsables de l'époque
• Maurice Papon : Responsable immédiat de la police parisienne et de la force auxiliaire.
• Roger Frey : Ministre de l'Intérieur, qui a nié toute preuve de massacre devant le Parlement.
• Michel Debré : Premier ministre, accusé d'avoir laissé faire les exactions.
• Charles de Gaulle : Président de la République, dont le commentaire rapporté sur le massacre est : "Inacceptable mais secondaire". Il a maintenu Papon dans ses fonctions après les faits.
L'amnésie et le déni
Le massacre a été suivi d'une longue période de silence officiel, qualifiée d'"amnésie qui gangrène le pays". Les archives sont restées fermées pendant des décennies, et les lois d'amnistie liées aux accords d'Évian ont empêché les poursuites judiciaires. Ce n'est qu'avec le travail d'historiens comme Jean-Luc Einaudi et la sortie de livres comme La Bataille de Paris que la vérité a commencé à émerger publiquement.
5. Citations Significatives
Le document conserve la trace de déclarations fortes illustrant l'horreur et la quête de mémoire :
"Les policiers s’acharnèrent ensuite sur moi jusqu’à ce que je tombe par terre. Je savais alors que j’allais mourir noyé. On me prit par les pieds et les mains et l’on me lança." — Un survivant.
"Il y aurait au moins 200 hommes et femmes qui auraient été massacrés ce soir-là par la police française. Les noyés par balle (NPB)." — Daniel Mermel.
"Inacceptable mais secondaire." — Attribué au Général de Gaulle au lendemain du 17 octobre.
"On n’a pas le droit d’oublier. Non pas pour inciter à la haine, mais pour faire connaître qu’un drame, qu’un crime contre l’humanité a été commis dans la capitale d’un pays qui est parmi les plus démocrates." — Mohamed Houchir.
"C’est notre misérable petit tas de secrets à nous. Est-ce la fin de l’époque opaque, la fin du mépris d’État ?" — Un témoin anonyme.
6. Conclusion : Vers la fin de l'oubli ?
En 1997, au moment de cette émission, le procès de Maurice Papon (pour d'autres faits) et les commémorations du 17 octobre marquent une rupture avec le silence historique. L'événement est désormais présenté non pas comme un simple débordement policier, mais comme un crime d'État occulté par la raison d'État. La volonté des témoins est claire : transformer cette mémoire douloureuse en une conscience civique pour éviter que de telles atrocités ne se reproduisent.
